BAD TRIP POUR LES ENDIVES 2

le cerf en conversation avec Tony et Sandy

Un cerf arriva. " " Ah, c'est d'ici que vient l'eau " dit-il. Et il repartit. Au moment où il passait, Tony lui dit : " Hé, pssst. On est prisonniers, elle et moi. Tu veux pas nous prendre sur ton dos pour qu'on s'évade ?

- Non ", dit le cerf. Et il passa.

Maintenant les endives tenaient un conseil ponctué par les reniflements du citron. Elles se regardaient, marrons, chacune pensant à son chez soi, aux pousses, aux endives femelles.

" Partez pas, leur dit un des éclaireurs. Je connais cette tour. C'est plein de gâteaux là-dedans. Y a de tout, des tartelettes d'engrais, des cakes truffés d'engrais, des soufflés à l'engrais, des dragées d'engrais …

- Ah bon.

- C'est vrai ?

- Si je vous le dis ! j'y suis rentré, moi, dans le temps. Y a de quoi tenir des années. Et puis, faut pas laisser not' camarade impuni, faut montrer à ces poireaux qu'on n'est pas des endives !

- Ouais, moi j' dis qu' c'est vrai !

- Rentrer sans rien, on a l'air malignes.

- Faut faire un siège puisqu'on peut pas escalader.

- Ben, y en a un là.

- Abrutie ! Un siège, c'est quand on empêche les autres de sortir. C'est du tout cuit, alors au boulot. "

Les endives dressèrent leur camp devant l'unique entrée de la tour. Chacune se prit un meuble comme elle voulut. Les pieds s'enfonçaient dans la boue et on se retrouvait juste au niveau du sol. On casa le citron dans un secrétaire en inox. Le tout forma comme un petit village qu'on peut observer encore aujourd'hui et qui est devenu le coin pseudo-branché du quartier des poireaux.

Et le siège commença, long, éternel pour les endives affamées, obligées de faire des raids épuisants pour ramener les rogatons des poireautes. Les poireaux les insultaient chaque jour, et on pouvait les voir au créneau manger gâteau sur gâteau.

Les endives discutaient ferme autour de feux d'allumettes pour tuer l'ennui. Sandy, qui savait raconter les histoires, charma son auditoire par une anecdote personnelle des plus croustillantes.

"Et, toi, la poilue, demanda Tony à sa voisine l'endive, à quel âge as-tu été sarclée ?

- A quinze jours. Avant, comme beaucoup de légumes, je faisais croire à mes voisines que j'avais été sarclée. Tu sais comment sont les légumes …ils pensent que c'est important, que cela veut dire que tu es un légume. Les fruits savent que leur tige est une chose précieuse et ils ne veulent pas la perdre avec un sécateur. Mais les légumes … pouah !

- Ça ou la main d'un enfant...

- Quinze jours est un bon âge : ni trop tôt, ni trop tard, à condition qu'il y ait du soleil.

- Moi c'est pareil, dit la grosse endives.

- Et toi, Tony, comment as-tu appris " les choses de la vie " ?

- En tout cas, pas par mes parents ! j'étais dans les hortillonnages et j'ai fait mon éducation très tard, grâce à des pommes de terre.

- Le sexe n'était donc pas une priorité dans ta vie de graine ? coupa Sandy.

- Non, avec mes copines les graines, on en parlait tout le temps, mais aucune de nous ne faisait grand chose.

- Bon, c'est pas tout ça, quel temps fait-il ? Je prendrais bien un peu de jus d'ortie, moi.

- Quelqu'un a vu le citron, aujourd'hui ?

- Faut faire une pétition pour qu'il se lave.

- Ouais, pis si la petite demoiselle veut un coup de main pour se gratter dans le dos, je suis à sa disposition.

- Pas touche ", répliqua Tony.

Les jours passaient et les poireaux ne montraient aucun signe de faiblesse. Bien pire, on entendait chaque soir la mélodie des bals qu'ils donnaient en mangeant des gâteaux, gâteaux, gâteaux …

" Je ne sais pas ce que j'ai, dit le citron en passant sous l'évier, mais je rêve beaucoup en ce moment et le contenu de mes rêves dépend de ce que j'ai avalé au dîner. Si c'est du fromage, je suis sûr de faire des cauchemars. J'ai un rêve qui revient tout le temps : une chute épouvantable dans le vide. Mais je me réveille toujours avant d'avoir touché le sol.

- Tiens, voilà casse-grain.

- Ecoutez, mes petites endives, la chanson que j'ai composée ", dit le citron pour se rattraper. Et il enchaîna très vite :

"Je n'ai jamais compris pourquoi tu es partie,

je n'ai jamais compris pourquoi tu m'as laissé

je n'ai...

- Ca va ! Ca va ! Tiens prends ta ration et tire-toi.

- Moi, moi j'ai un poème ! dit une endive.

- Non, écoutons plutôt chanter Sandy.

- Ho, oui, oui vas-y Sandy .

- Je t'apprendrai la vie, ses joies, ses craintes ... "