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CONTE D'UN NOEL (peut être !) A VENIR

La lande s'étend déserte et pâle. Au-dessus de l'horizon un soleil blafard jette ses derniers rayons. Dans ce paysage, deux silhouettes, l'une, encore un enfant, l'autre massive et lourde : un grand père et son petit fils. Ils marchent à petits pas, échangeant des propos comme peuvent le faire grand-père et petit fils depuis que le monde est monde. Ils se dirigent ainsi vers ce qui ressemble à un amas de ruines : pans de murs, tas de gravats,… Ils suivent des tracés qui ont dû être des rues .

Soudain l'enfant tombe en arrêt devant deux formes sombres sur un monticule de cailloux et d'herbes folles.

les 2 statues

" Oh grand-père, tu as vu ! On dirait un homme avec un animal !

- Oui et non, mon petit !

- Grand-père, je ne comprends pas bien, comment peut-on être à la fois un homme et pas un homme ?

- C'est une longue histoire, un conte, il y a bien longtemps on aurait peut être appelé ça un conte de Noël.

- Noël ! ?

- Noël ! C'était une fête, une fête pour les enfants, une fête pour fêter l'anniversaire d'un enfant dont les hommes disaient qu'il était Dieu. Mais c'était il y a bien longtemps, bien avant que tu ne naisses. A cette époque, les hommes croyaient aux dieux, aux fées, aux contes.

- Je ne comprends pas tout ce que tu dis. Mais dis, grand-père, c'était qui le monsieur qui n'est pas tout à fait un homme.

- Je vais te raconter. Assieds-toi.

Il y a bien longtemps, à cet endroit, il y avait une ville avec des maisons où les hommes vivaient, des magasins où ils pouvaient acheter tout ce dont ils avaient besoin ou envie. C'était une petite ville où l'on vivait paisible. Pas loin, il y avait ce qu'on appelait une propriété. Une propriété, c'était une grand terrain clôturé avec une grand maison qui appartenait à quelqu'un. Cette propriété appartenait à un homme puissant, qui avait beaucoup de pouvoirs : cela s'appelait un président de la république. Un jour, je t'expliquerai. Sache pour l'instant que cet homme pouvait commander à des millions d'hommes. Quand il avait besoin de se reposer, il venait dans sa propriété.

Un soir où il était justement venu se reposer, il entreprit de faire une longue promenade avec son chien. Ses pas le dirigèrent vers la ville. Et pendant sa promenade, il se mit à penser tout haut : " Je suis un grand président, peut être le plus grand, j'ai tant fait pour le peuple, il m'aime, il m'admire, je suis une sorte de dieu pour le peuple. "

Soudain, tel le tonnerre dans un ciel d'orage, une voix retentit : " François, cesse de dire des conneries !

- Qui êtes-vous, dit François, un peu alarmé.

- Je suis Dieu, le seul, l'unique, comme on t'a appris au catéchisme. Tu te souviens du catéchisme, François ?

- Seigneur, quel honneur de vous adresser à moi ! Mais pourquoi dites-vous que je dis des conneries ?

- Parce que tu en dis. Tu entends ce que tu dis ? François, il faut cesser de te mentir et de mentir aux autres.

- Mais, Seigneur, je ne mens pas. ..

- François , je vais faire un marché avec toi. Si je te reprends à mentir, je me fâche et je te transforme en statue.

- Mais, Seigneur, je ne peux pas mentir, vous savez bien, je suis socialiste et…

- François ! ! !

Le tonnerre retentit et l'homme et son chien se figèrent pour l'éternité.

D'aucuns racontent que l'on peut, certaines nuits, dans le silence, entendre une voix qui dit : " Je ne peux pas mentir, je suis socialiste ".

Le temps a passé, les hommes ont passé, mais par on ne sait quel miracle les deux statues ont défié les ans. Et les anciens disent que le jour où la statue cessera d'affirmer " Je suis socialiste ", Dieu lui permettra de reprendre sa promenade.

- Mais, grand-père, s'il était connu, il n'a pas pu disparaître comme çà… ?

- Oh petit, les hommes trouvent toujours une explication, la maladie, la mort… Tu apprendras…

Et les deux silhouettes, l'enfant et le vieil homme, poursuivirent leur promenade à travers la ville en ruines, leurs voix rompant seules le silence de ce lieu sans vie.

Marie Claire